En ce samedi 18 avril 2009, nous avons assisté à
Thônes au défilé d’opposants à la présence du loup, qu’une “vision urbaine” de
l’écologie imposerait au monde rural. La FRAPNA et FNE apportent quelques
éléments au débat.
Nos organisations reconnaissent pleinement que le retour naturel du loup
crée des contraintes importantes pour les éleveurs de montagne. Cependant, en
regardant les décennies passées, force est de constater que la cause
majeure de régression de l’agriculture extensive de montagne est la politique
agricole. En effet, c’est elle qui a transformé les “paysans” en
“exploitants agricoles”, fait disparaître une civilisation deux fois millénaire
et amoindri la biodiversité qu’elle avait soigneusement cultivée.
Ne serait-il pas temps de cesser de prôner “l’incompatibilité du loup et de
l’élevage”, à l’inverse de ce qui existe dans d’autres pays, ou de propager la
thèse “de la réintroduction” alors que tout démontre un retour naturel ?
Les causes qui ont permis ce retour naturel ne vont pas changer, le
loup est là pour longtemps et beaucoup de temps a déjà été
perdu : alors oui, il faut résoudre les problèmes structurels de
la filière ovine, et soutenir la pérennité d’un pastoralisme
durable.
Les cris des chasseurs sont pour leur part injustifiables, eux qui
chassent par loisir alors que l’animal tue pour vivre. Le loup est
accusé par certains chasseurs de décimer les populations d’animaux sauvages,
chamois, chevreuils et autres ongulés, et de mettre ainsi en péril l’avenir de
la faune sauvage ; alors que l’expérience prouve le contraire : dans
les départements de Provence-Alpes-Côte d’Azur où le loup est présent depuis
près de 15 ans (Alpes Maritimes, Hautes-Alpes), les plans de chasse des ongulés
sauvages sont en constante progression. Il est par conséquent
incroyable que des responsables du monde de la chasse, qui se présentent comme
« gestionnaires » des espèces naturelles, puissent évoquer la
possibilité d’effondrement des populations proies du fait des
prédateurs.
En Haute-Savoie même, les tableaux de chasse des chevreuils, chamois, cerfs,
totalise 4420 animaux tués pour la saison précédente, et ceci sans compter des
milliers de sangliers : est-il impensable dans ces conditions que
les chasseurs (1% de la population du département) laissent une part au
loup ?
Le loup n’est pas qu’une contrainte : en reprenant sa
place au somment de la pyramide écologique il est le garant du bon
fonctionnement de l’écosystème entier :
il
empêche la concentration des grands ongulés sauvages qui compromet la
régénération naturelle de la forêt et les jeunes plantations,
il
élimine les individus faibles ou malades empêchant la propagation des maladies
(nos troupeaux de chamois sont régulièrement décimés par la kérato -
conjonctivite),
il
élimine les chiens errants,
il
constitue un formidable vecteur d’image sur la qualité des milieux naturels,
support d’un tourisme respectueux de la nature essentiel pour les territoires
de montagne.
Nous sommes pour notre part convaincus de la nécessité de la
préservation de la biodiversité, ainsi que de la possibilité d’une cohabitation
entre le loup et l’homme. Si les Etats européens, de toutes
orientations, ont pris depuis des décennies des mesures pour protéger de
nombreuses espèces animales, c’est bien que la conception du rôle de
l’homme dans la nature a changé. Ce dont le pastoralisme a besoin,
c’est de mesures de soutien réellement courageuses, non de complaisance
vis-à-vis de positions venues du 19e
siècle !