Pour réussir, contribution au débat

tournesol Après ce bond en avant de l'Ecologie politique que nous devons à l'intuition de quelques-uns, au travail de longue date de beaucoup et l'engagement collectif de tous, nous apportons notre contribution au débat. Le propre d’un rassemblement, comme le disait Dany Cohn Bendit lors du meeting de Toulouse, est de mettre ensemble des éléments qui jusque là n’étaient pas rassemblés. Le puzzle Europe Ecologie s’est peu à peu assemblé tout au long de la campagne européenne à partir de cultures politiques et d’horizons associatifs différents. Cette diversité a fait sa richesse et a nourri une double volonté, à la fois de dépassement et de projection dans le futur, comme seules les histoires métissées savent le faire. Le parti des Verts, en initiant cette volonté politique, a montré sa capacité à s’inscrire dans le mouvement sociétal qui aspirait à déborder le cadre traditionnel offert par les organisations politiques existantes. Au-delà des réponses aux différentes crises, l’Europe était finalement aussi le bon levier pour faire émerger au grand jour le malaise de l’échiquier politique français. Le vote « écolo » a su réunir non pas les désespoirs, les contestations mais les aspirations à changer le cours des choses et à construire du nouveau ; c’est ce qui fait aujourd’hui sa force car il n’est pas la cristallisation d’un renoncement ou d’un dépit mais d’un renouveau. Il nous reste à conforter celles et ceux qui pour la première fois ont misé sur nous et à susciter chez eux l’envie de parcourir avec nous les chemins de l’écologie politique, ces chemins dont nous aurons demain à tracer ensemble les grandes lignes. On voit bien qu’aujourd’hui un électeur qui est proche de José Bové ne s’interdit pas de soutenir un rassemblement qui n’est pas à 100 % converti aux thèses altermondialistes, comme d’autres, proches des idées de Daniel Cohn Bendit ou d’Eva Joly, ne s’interdisent pas de soutenir un rassemblement avec des désobeisseurs civils. C’est ce que les penseurs politiques classiques n’ont pas encore réalisé : imprégnés de leurs visions dialectiques et analytiques des réalités, ils n’ont vu dans le rassemblement qu’un impossible rapprochement des contraires qu’ils ont baptisé « l’alliance de la carpe et le lapin », révélant leurs incapacités à changer les paradigmes de leurs analyses politiques. Ces penseurs politiques de la Gauche traditionnelle sont perturbés par les positionnements du rassemblement EE dans lequel ils ne retrouvent pas les cadres habituels de la Gauche. Désorientés, ils pratiquent au lendemain de ces élections des analyses politiques en forme de déni. Refusant de voir dans ce rassemblement les desseins d’une gauche novatrice et imaginative, ils la qualifient aveuglément de « libérale » comme pour se rassurer qu’elle ne « chassera » pas sur leurs terres. Leurs propos sont insultants pour les militants et électeurs d’EE qui ont inlassablement répété tout au long de cette campagne qu’il était temps de changer de civilisation. D’un autre côté, les libéraux tentent de récupérer cet élan écologiste en vantant les mérites d’un capitalisme vert. Cette tentative d’assimilation d’EE à un simple verdissement de l'économie sans en changer les logiques de profit et d'accumulation exige de nous la démonstration claire que ces logiques sont contradictoires avec l'essence même de l'Ecologie. La reconversion écologique de l’économie implique beaucoup plus que le verdissement de ses productions et beaucoup plus que le seul changement des rapports de production : c'est d'autres choix dans ce que l'on produit, la façon de le produire et de le consommer. C'est une autre place pour ceux qui produisent et une répartition équitable des fruits du travail. Une industrie « bio », une industrie « énergie renouvelable », une industrie « voitures électriques » ne sauraient constituer les axes exclusifs d’un projet écologique. C’est la question même de l'industrialisation qu’il nous faut interroger aujourd’hui. La question de l’agriculture écologique ne peut être réduite à une production techniquement biologique, elle implique un autre rapport au sol, au territoire, au consommateur, et s'oppose au gigantisme et la concentration de la production. La question des énergies renouvelables ne pourra pas non plus s’inscrire dans une logique de croissance énergétique. La commercialisation de la voiture électrique, qui menace par effet rebond, d’augmenter la consommation énergétique et de laisser inchangées les politiques d’aménagement du territoire, n’est pas la solution pour un futur écologique. Le rassemblement écologique doit aujourd’hui construire le projet de société écologique qui rompe avec les logiques traditionnelles de l’économie industrialisée pour reconstruire des entreprises à échelle humaine, en adéquation avec les ressources et les cultures locales. Cette capacité à innover à échelle humaine nous est reconnue, celles et ceux qui nous ont accordé leur confiance par leurs votes n'en attendent pas moins. Nous avons maintenant le devoir de faire vivre cet espoir d’un renouveau civilisationnel. Ce court positionnement politique doit nous aider maintenant à concevoir les formes que peut prendre la suite. Nous devons passer du rassemblement à une construction politique qui doit conserver cette capacité à maintenir ensemble des différences, voire des contradictions, tout en évitant qu’elles ne neutralisent et paralysent le débat et les propositions. Nous devons apprendre à construire dans la différence. Mais pour qu’une telle entreprise réussisse, elle doit être soumise à plusieurs conditions : - Que le rassemblement ne soit pas accaparé par quelques personnalités qui centraliseraient les décisions. - Que les parties constitutives ne se figent pas dans des tendances qui finissent par se combattre pour des questions de territoire et de pouvoir. - Que les antagonismes ne s’affrontent que sur du contenu, par le débat, l'étude et l'observation, ce qui aura pour effet de ne pas les figer en chapelles et d’éviter les inconvénients d’un positionnement dominateur d’une entité. - Qu'une méthodologie de discussion et un travail soient effectués en amont pour élaborer les cadres de discussion correspondant à des grands thèmes dont nous aurons à hiérarchiser l’urgence. - Que soient constituées des instances de débat et de décision qui reflètent la diversité des composantes et qui puissent se renouveler à échéances raisonnables. Sous l'appellation « Europe écologie » nous avons pu fédérer des partis, des sensibilités et des personnalités. Si l'on veut maintenir, voire élargir le rassemblement nous devons lui trouver un nom qui ne soit pas seulement de circonstance électorale: une Fédération pour l'Ecologie, mouvement pour la transformation écologique, sociale et démocratique ? Avec le maintien et l'extension des comités locaux ou de sensibilités. Les élections régionales vont très rapidement devoir être préparées. Le débat sur la stratégie, les propositions, et la constitution des listes doit être ouvert et transparent. Faute d'une structuration du rassemblement dans l'immédiat, le parti Vert ne doit pas confisquer le débat. Il faut trouver avec nos élus au Parlement européen une façon originale d'établir la liaison entre eux et notre électorat. Il va sans dire que nous devons continuer à être présents dans les diverses luttes qui traversent notre société en crise. Voilà un ensemble de réflexions à usage de débat et de décisions pour construire et continuer à réussir. Martine Alcorta, Bernard Péré, François Simon, candidatEs sur la liste Sud-Ouest aux Européennes