Europe écologie : Une bonne analyse des elections et une volonté de poursuivre !
Par le groupe local/ DD le samedi 13 juin 2009, 09:41 - Questions de société - Lien permanent
Pour réussir, contribution au débat
Après ce bond en avant de l'Ecologie politique que
nous devons à l'intuition de quelques-uns, au travail de longue date de
beaucoup et l'engagement collectif de tous, nous apportons notre contribution
au débat. Le propre d’un rassemblement, comme le disait Dany Cohn Bendit lors
du meeting de Toulouse, est de mettre ensemble des éléments qui jusque là
n’étaient pas rassemblés. Le puzzle Europe Ecologie s’est peu à peu assemblé
tout au long de la campagne européenne à partir de cultures politiques et
d’horizons associatifs différents. Cette diversité a fait sa richesse et a
nourri une double volonté, à la fois de dépassement et de projection dans le
futur, comme seules les histoires métissées savent le faire. Le parti des
Verts, en initiant cette volonté politique, a montré sa capacité à s’inscrire
dans le mouvement sociétal qui aspirait à déborder le cadre traditionnel offert
par les organisations politiques existantes. Au-delà des réponses aux
différentes crises, l’Europe était finalement aussi le bon levier pour faire
émerger au grand jour le malaise de l’échiquier politique français. Le vote
« écolo » a su réunir non pas les désespoirs, les contestations mais
les aspirations à changer le cours des choses et à construire du nouveau ;
c’est ce qui fait aujourd’hui sa force car il n’est pas la cristallisation d’un
renoncement ou d’un dépit mais d’un renouveau. Il nous reste à conforter celles
et ceux qui pour la première fois ont misé sur nous et à susciter chez eux
l’envie de parcourir avec nous les chemins de l’écologie politique, ces chemins
dont nous aurons demain à tracer ensemble les grandes lignes. On voit bien
qu’aujourd’hui un électeur qui est proche de José Bové ne s’interdit pas de
soutenir un rassemblement qui n’est pas à 100 % converti aux thèses
altermondialistes, comme d’autres, proches des idées de Daniel Cohn Bendit ou
d’Eva Joly, ne s’interdisent pas de soutenir un rassemblement avec des
désobeisseurs civils. C’est ce que les penseurs politiques classiques n’ont pas
encore réalisé : imprégnés de leurs visions dialectiques et analytiques
des réalités, ils n’ont vu dans le rassemblement qu’un impossible rapprochement
des contraires qu’ils ont baptisé « l’alliance de la carpe et le lapin »,
révélant leurs incapacités à changer les paradigmes de leurs analyses
politiques. Ces penseurs politiques de la Gauche traditionnelle sont perturbés
par les positionnements du rassemblement EE dans lequel ils ne retrouvent pas
les cadres habituels de la Gauche. Désorientés, ils pratiquent au lendemain de
ces élections des analyses politiques en forme de déni. Refusant de voir dans
ce rassemblement les desseins d’une gauche novatrice et imaginative, ils la
qualifient aveuglément de « libérale » comme pour se rassurer qu’elle
ne « chassera » pas sur leurs terres. Leurs propos sont insultants
pour les militants et électeurs d’EE qui ont inlassablement répété tout au long
de cette campagne qu’il était temps de changer de civilisation. D’un autre
côté, les libéraux tentent de récupérer cet élan écologiste en vantant les
mérites d’un capitalisme vert. Cette tentative d’assimilation d’EE à un simple
verdissement de l'économie sans en changer les logiques de profit et
d'accumulation exige de nous la démonstration claire que ces logiques sont
contradictoires avec l'essence même de l'Ecologie. La reconversion écologique
de l’économie implique beaucoup plus que le verdissement de ses productions et
beaucoup plus que le seul changement des rapports de production : c'est
d'autres choix dans ce que l'on produit, la façon de le produire et de le
consommer. C'est une autre place pour ceux qui produisent et une répartition
équitable des fruits du travail. Une industrie « bio », une industrie
« énergie renouvelable », une industrie « voitures électriques »
ne sauraient constituer les axes exclusifs d’un projet écologique. C’est la
question même de l'industrialisation qu’il nous faut interroger aujourd’hui. La
question de l’agriculture écologique ne peut être réduite à une production
techniquement biologique, elle implique un autre rapport au sol, au territoire,
au consommateur, et s'oppose au gigantisme et la concentration de la
production. La question des énergies renouvelables ne pourra pas non plus
s’inscrire dans une logique de croissance énergétique. La commercialisation de
la voiture électrique, qui menace par effet rebond, d’augmenter la consommation
énergétique et de laisser inchangées les politiques d’aménagement du
territoire, n’est pas la solution pour un futur écologique. Le rassemblement
écologique doit aujourd’hui construire le projet de société écologique qui
rompe avec les logiques traditionnelles de l’économie industrialisée pour
reconstruire des entreprises à échelle humaine, en adéquation avec les
ressources et les cultures locales. Cette capacité à innover à échelle humaine
nous est reconnue, celles et ceux qui nous ont accordé leur confiance par leurs
votes n'en attendent pas moins. Nous avons maintenant le devoir de faire vivre
cet espoir d’un renouveau civilisationnel. Ce court positionnement politique
doit nous aider maintenant à concevoir les formes que peut prendre la suite.
Nous devons passer du rassemblement à une construction politique qui doit
conserver cette capacité à maintenir ensemble des différences, voire des
contradictions, tout en évitant qu’elles ne neutralisent et paralysent le débat
et les propositions. Nous devons apprendre à construire dans la différence.
Mais pour qu’une telle entreprise réussisse, elle doit être soumise à plusieurs
conditions : - Que le rassemblement ne soit pas accaparé par quelques
personnalités qui centraliseraient les décisions. - Que les parties
constitutives ne se figent pas dans des tendances qui finissent par se
combattre pour des questions de territoire et de pouvoir. - Que les
antagonismes ne s’affrontent que sur du contenu, par le débat, l'étude et
l'observation, ce qui aura pour effet de ne pas les figer en chapelles et
d’éviter les inconvénients d’un positionnement dominateur d’une entité. -
Qu'une méthodologie de discussion et un travail soient effectués en amont pour
élaborer les cadres de discussion correspondant à des grands thèmes dont nous
aurons à hiérarchiser l’urgence. - Que soient constituées des instances de
débat et de décision qui reflètent la diversité des composantes et qui puissent
se renouveler à échéances raisonnables. Sous l'appellation « Europe
écologie » nous avons pu fédérer des partis, des sensibilités et des
personnalités. Si l'on veut maintenir, voire élargir le rassemblement nous
devons lui trouver un nom qui ne soit pas seulement de circonstance électorale:
une Fédération pour l'Ecologie, mouvement pour la transformation écologique,
sociale et démocratique ? Avec le maintien et l'extension des comités
locaux ou de sensibilités. Les élections régionales vont très rapidement devoir
être préparées. Le débat sur la stratégie, les propositions, et la constitution
des listes doit être ouvert et transparent. Faute d'une structuration du
rassemblement dans l'immédiat, le parti Vert ne doit pas confisquer le débat.
Il faut trouver avec nos élus au Parlement européen une façon originale
d'établir la liaison entre eux et notre électorat. Il va sans dire que nous
devons continuer à être présents dans les diverses luttes qui traversent notre
société en crise. Voilà un ensemble de réflexions à usage de débat et de
décisions pour construire et continuer à réussir. Martine Alcorta, Bernard
Péré, François Simon, candidatEs sur la liste Sud-Ouest aux Européennes