Martine Leger responsable du groupe local des Verts Faucigny-Mont-Blanc a organisé une manifestation pour faire comprendre aux élus du village de Mieussy les inconvénients de la surexploitation de leur station du Sommand

Cette manifestation a été commenté par Le Canard enchainé ; journal national bien connu pour dire tout haut ce que d'autres pensent tout bas !

Ci dessous cet article du CANARD ENCHAINE qui fait une tres bonne synthèse du développement de la montagne qui ne doit pas se faire " a tout prix "

La Fausse Neige

La fausse neige nous prend pour des flocons
Déjà 20 % de la neige des stations de ski françaises est artificielle. Elle creuse dans la montagne et
dans les budgets des trous bien réels.
QUOI ? Une manif contre les canons à neige ? Ils sont fous, ces Alpins ... Fin décembre à Mieussy (Haute-Savoie), une
trentaine de personnes ont manifesté contre le projet du maire consistant à creuser une "retenue collinaire" (appellation
"moderne" pour lac artificiel) destinée à fabriquer de la "neige de culture" (autrement dit neige artificielle) avec des
"enneigeurs" (traduire canons à neige). Son but : "garantir la neige" afin de créer une UTN (unité touristique nouvelle)
permettant de doubler le nombre de lits touristiques dans la station de Sommand, qui en compte déjà 1 200. N'est-ce pas une
formidable aventure ? Défendre l'emploi ! Faire plus fort que les stations voisines ! Qui peut être contre ?
Un coût de blanc
Fabriquer de la neige quand il n'y a pas de neige, au fond, rien de plus simple : il suffit d'avoir de l'eau, de l'air et un canon à
neige. Le modèle le plus courant, dit bifluide ou haute pression, communément appelé perche, envoie simultanément eau (à la
température la plus proche possible de zéro) et air (sous pression de 15 bars). Devinette : combien y en a-t-il dans les
montagnes françaises ? Déjà plus de 15 000, et ce n'est qu'un début ; les stations continuent à s'équiper à tout-va, et à creuser
sans cesse de nouvelles "retenues collinaires" (on en compte plus d'une centaine de plus de 10 000 m2). Pourtant, la neige
artificielle a un coût faramineux : le maire de Mieussy, dont le domaine skiable n'est pas ridicule (cinq télésièges, quinze
téleskis, une journée pour en faire le tour), prévoit d'investir pour sa centaine de canons environ 2 millions d'euros tout compris
(soit le chiffre d'affaires annuel de la station), plus 70 000 euros de fonctionnement annuel. Pourquoi cet enthousiasme ?
Dans les Alpes, le réchauffement climatique n'est pas de la rigolade : ces cinquante dernières années, l'hiver ayant gagné 2°C
de plus, la limite pluie/neige est remontée de 300 mètres. Déjà une cinquantaine de stations n'arrivent même plus à afficher
cent jours de neige par an. Et l'avenir n'est pas très blanc : l'OCDE prévoit 1°C de plus d'ici à 2020, 2°C d'ici à 2050, et après
n'en parlons pas ...
Le hic, c'est que la neige artificielle, contrairement à celle qui tombe du ciel, n'est pas donnée : en comptant le coût des travaux
pour les "retenues collinaires", l'enfouissement des tuyaux, les pistes à aplanir (pour réduire la quantité de neige nécessaire), le
damage, l'électricité pour faire marcher compresseurs et canons, la neige artificielle revient à 2,5€ le m3, comme l'a récemment
estimé un rapport du Conseil général de l'environnement et du développement durable. Et avec un mètre cube, on ne peut
recouvrir que deux à trois mètres carrés ...
Mais nous devons absolument, disent en choeur élus, aménageurs et promoteurs, "avoir une crédibilité sur l'offre" et "investir
dans le sens des exigences de la clientèle". Comme l'explique au "Canard" Laurent Reynaud, directeur du Syndicat national des
téléphériques de France (SNTF), qui regroupe 233 opérateurs de domaines skiables : "Le client n'accepte pas l'aléa climatique."
Il faut dire qu'on l'a bien dressé : "Les hôtesses des offices du tourisme disent que la première question posée par les clients
est : "Avez-vous des canons à neige ?"", raconte Martine Léger, une Verte du coin qui a manifesté à Mieussy.
Ils en veulent à tout prix ? On la leur garantit. Mais il faudra payer ... "Il y a vingt-cinq ans, à Annemasse, dit un instit' hautsavoyard,
les deux tiers des élèves de ma classe skiaient avec leurs parents. Aujourd'hui, ils sont cinq sur trente." Skier devient
hors de prix pour la clientèle familiale du coin. Les exploitants de station vont chercher de plus en plus loin le touriste friqué,
lequel ne viendra que si la neige est garantie sur facture, du coup les investisseurs-bétonneurs (souvent des tour-opérateurs)
exigent de la neige à partir du 15 décembre. Et donc des canons. Et voilà comment par centaines des communes s'endettent à
mort ... pour servir des intérêts privés.
Boire ou skier, il faut choisir
À ce jour, déjà 20 % du domaine skiable français, "le plus grand du monde", est recouvert de neige artificielle. Ferons-nous un
jour aussi bien que les Dolomites, qui en sont à 80 % ? Rien que pour les Alpes, les canons à neige consomment aujourd'hui
autant qu'une ville de 500 000 habitants. Nécessitent 262 MW, soit l'équivalent d'un quart de tranche nucléaire. Et posent
d'aigus problèmes d'eau : "Certains maires doivent déjà jongler entre l'eau potable pour les habitants et l'eau pour
l'enneigement, dit au "Canard" Carmen de Jong, hydrologiste à l'université des Pays de Savoie. En 2015, on peut prédire qu'il y
aura des problèmes pour de nombreuses stations ..." Et de préciser que ses recherches dérangent : "J'ai de très graves problèmes
à l'université à cause de mes interventions sur la neige de culture. On essaie de m'éjecter de mon poste. On ne veut pas
entendre de critiques. Il y a trois ans les directeurs des remontées mécaniques ont voulu m'interdire de travailler sur le sujet."
Le plus drôle dans l'histoire, c'est qu'on ne peut fabriquer de la neige que s'il gèle. Au-dessus de moins de 2°C, les canons ne
crachent que de l'eau (on ne gagne guère que 1 ou 2°C avec les très suspects additifs cryogènes, aujourd'hui abandonnés ...
mais toujours pas interdits). Que deviendront ces lourds investissements quand la température aura encore grimpé ? Laurent
Reynaud le reconnaît franchement : "L'échelle de temps du changement climatique n'est pas l'échelle de temps de l'entreprise.
Le retour sur investissement d'une structure de neige de culture est de quinze ans, alors que le changement climatique ..." On
verra bien, donc.
La neige a les boules
Si la neige artificielle n'a rien de "durable", elle est parfaitement grenello-compatible : le Grenelle de l'environnement n'avait-il
pas pour but de s'afficher "vert" pour mieux continuer comme avant ? "J'ai manifesté contre ces canons à neige,dit Martine
Léger, parce que la petite station familiale de Sommand est emblématique : elle n'est pas allée tellement loin dans le saccage,
comme à Avoriaz. Elle répond aux attentes de la clientèle locale : on sent qu'on y a encore notre place. Plutôt que la fuite en
avant, d'autres choix de tourisme plus diversifié sont possibles, tout en étant plus pourvoyeurs d'emplois." Juste après la manif,
le conseil municipal a voté majoritairement "oui" à la demande de subvention pour le canons au conseil général. Le conseil
général a accepté aussi sec.
Professeur Canardeau