Samedi, 13 Février 2010
15:44
Tandis que des petites phrases parues dans la presse font jaser et
qu'on semble avoir oublié la région Savoie dans le programme d’Europe Ecologie,
Philippe Meirieu livre à la Voix son explication de
texte.
Cette semaine, j’ai reçu ce message envoyé par
un ami connu pour être un membre assidu du forum d’Envoie du Gros :
« Qu'as-tu pensé de l'article du Mondequi a repris les
soi-disant propos de Meirieu sur le "folklore régionaliste savoyard" ? J'avoue
être perplexe et attendre avec impatience le droit de réponse dans le même
canard... J'ai essayé d'apaiser mes craintes en lisant méticuleusement le
programme d'Europe écologie, mais ça les a plutôt ravivées… Y a pas trop le mot
Savoie dedans au final ! Ne serions-nous pas en train de nous faire engrosser
politiquement dans les grandes largeurs ? » Alors, les régionalistes
savoyards seraient-ils en fait des dindons de la farce destinés à se faire
plumer par Europe Ecologie ?
On entend ou lit de plus en plus ce genre de propos ces derniers temps,
notamment depuis que le Dauphinoisa fait dire à Philippe Meirieu que la région
Savoie n’était pas sa priorité et que l’hebdo Le Faucigny a prêté à
Claude Comet, tête de liste Europe Ecologie dans la Yaute, des propos laissant
entendre qu’elle était radicalement opposée à l’aspiration régionale qui est la
nôtre. L’article paru dernièrement dans Le Monde a conforté les
critiques et l’absence de candidat du Mouvement Région Savoie sur la liste
Europe Ecologie dans le 73 n’est pas de nature à rassurer les sceptiques sur le
bien fondé de l’accord entre les régionalistes et les écologistes. Pourtant,
s’il n’y a pas de candidat MRS dans ce département, c’est finalement parce que
la femme qui devait figurer sur la liste s’est retirée après que sa candidature
ai été validée. Le MRS n’ayant pas été en mesure de proposer une autre
candidature féminine pour répondre à l’exigence de parité imposée par la loi
électorale, il se contentera donc d’une place de suppléant tenue par Laurent
Damé. Passons au cas Claude Comet, que le reporter du Faucigny ayant
retranscrit ses prétendus propos n’a en fait jamais interviewé. « Je
ne me suis absolument pas prononcé publiquement contre la région Savoie,
certifie la journaliste devenue tête de liste.Ce n’est pas mon centre
d’intérêt principal, mais les Verts sont porteurs de cette revendication qui
est confortée par l’accord avec Région et Peuples solidaires. Donc il n’y a pas
de soucis, allons-y ! Il y a d’ailleurs sur la liste Europe écologie en
Haute-Savoie trois membres du MRS dont je me réjouis qu’ils soient très
présents lors de la campagne, notamment Noël Communod qui est en position
éligible et Bernard Juillet. » Reste que de véritables réticences
(euphémisme) demeurent au sein d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes, mais aussi en
Savoie, quant à la mise en application concrète des grands principes
fédéralistes posés par les Verts, qui passe clairement chez nous par la
revendication sans ambiguïté d’une véritable région Savoie. Pour faire le point
sur la situation, on est allé interroger Philippe Meirieu qui nous avait assuré
en fin d’année dernière qu’Europe Ecologie ne pourrait pas éviter de traiter de
la question savoyarde. Comme elle apparaît néanmoins à beaucoup d’entre nous
comme la grande oubliée du
programme rhônalpin d’Europe Ecologie, l’explication de texte
s’imposait.
Philippe Meirieu, qu’est-ce que c’est
que cette citation parue dans Le Monde selon laquelle vous vous seriez
emporté contre « le folklore régionaliste savoyard » ? Vous en
avez marre du MRS ?
Pas du tout. L’article fait allusion à une
phrase que j’aurais dite. Si elle avait un minimum de réalité, elle ne
concernerait ni le MRS ni l’idée de région Savoie. J’ai démenti ces propos le
soir même au Monde et j’ai fait un communiqué clair pour dire qu’il ne
fallait pas donner d’importance à cette petite phrase de journaliste. Le
Monde a refusé de faire paraître un droit de réponse, car il considère
qu’il n’y a pas de caractère insultant ni de discrimination, donc le droit de
réponse ne serait pas dû. J’espère que ceci n’aura pas d’influence…
On remarque en tout cas que la région
Savoie ne semble pas trop influencer votre campagne et le programme d’Europe
Ecologie…
La période des meetings vient de débuter et
nous y parlons de la région Savoie. Ma position de fond est régionaliste,
fédéraliste et pour la mise en valeur de la spécificité de la Savoie. Après, il
y a la question des prérogatives régionales, car Rhône-Alpes n’a pas la
possibilité de créer une nouvelle région en son sein. L’initiative doit venir
des départements et de l’Etat. Si cette initiative était prise, je ne pourrais
que m’en réjouir, car tout ce qui rapproche l’administration des citoyens est
une bonne chose. Cela permettrait d’avoir une région plus petite et plus forte
en termes d’initiatives, car Rhône-Alpes est trop grande et doit fonctionner
sur des territoires très hétérogènes. Je n’ai donc vraiment aucun état d’âme
sur la région Savoie. La position de Cécile Duflot (ndlr :
prononcée devant le comité Balladur) est la mienne, mais on doit néanmoins
prendre en considération trois éléments importants.
Lesquels ?
Il faut d’abord être attentif à ce que le
régionalisme conservateur de droite ne prenne pas le pas sur un régionalisme
progressif qui va dans le sens d’une ouverture et de l’avenir. Il y a dans la
mouvance régionaliste savoyarde des courants qui incarnent un repli identitaire
et on doit être attentif à ne pas les laisser dominer. C’est pourquoi je suis
très heureux d’être associé au MRS qui, en tant que membre de Région et Peuples
solidaires, garantie qu’on n’ira pas dans le sens du retour à une tradition
mythique ou du refus de s’ouvrir à l’autre. Je suis pour un régionalisme qui
assume le passé mais qui soit ouvert, donc très différent de ce que l’on peut
voir dans le nord de l’Italie ou en Flandre. Ensuite, il convient de bien
percevoir le rapport entre régionalisme et écologie. L’écologie politique, ce
n’est pas que de l’environnementalisme. C’est une conception de la solidarité
et de la coopération entre les hommes qui doit être au cœur du fonctionnement
politique. La crise sociale que nous traversons est profonde et le creusement
des inégalités réel, donc la Savoie pour laquelle je milite devra être autonome
comme une région, mais aussi solidaire. Le troisième point, c’est l’aspect
institutionnel. On va vers une réforme des collectivités territoriales qui est
un déni de démocratie. Nous la condamnons et je crois très important que nous
réfléchissions en termes d’autonomie de la Savoie, mais également de
clarification de la gestion de l’ensemble du territoire de Rhône-Alpes. C’est
tout le fonctionnement régional qu’il faut repenser en termes de rapport aux
citoyens.
Mais pourquoi n’y a-t-il presque rien
sur cette problématique institutionnelle et sur sa déclinaison savoyarde dans
le programme d’Europe Ecologie Rhône-Alpes ?
Ce qui est dans le programme n’est pas
insignifiant, mais il n’y a pas que la question de la région Savoie dans
Rhône-Alpes. La question savoyarde ne doit pas écarter les autres réflexions
sur l’organisation territoriale, vu que le problème se pose aussi pour le
Dauphiné ou des départements comme la Drome et l’Ardèche. Il faut surtout
réfléchir à des moyens permettant à la France de travailler le fait régional
autrement que sous les dictats administratifs. Je suis d’ailleurs très heureux
que Lounès Belkacem, qui représente les Berbères et Régions et peuples
solidaires, soit candidat en Isère. Car si la focalisation sur l’autonomie est
importante, il faut aussi savoir que Région et Peuple solidaire porte une
vision du rapport de l’homme à son territoire. On doit en fait rechercher le
bon maillage et le bon équilibre entre les hommes, le territoire et l’autorité
administrative.
La Région Savoie a justement tout pour
devenir le terrain d’expérimentation privilégié d’un nouveau rapport de l’homme
à son territoire...
Oui, la région Savoie est un cadre privilégié,
car c’est là où la réflexion est la plus avancée et la plus constructive. Créer
une région Savoie ne suffirait pas à régler tous les problèmes, mais elle peut
être une forme de pont vers ce nouveau rapport au territoire.
Pourquoi demeure-t-il malgré cela une
vraie méfiance au sein d’Europe Ecologie face à la revendication de région
Savoie portée par le MRS ?
Peut-être est-ce lié à la manière dont le
problème est posé. Et ceux qui militent pour la région Savoie devraient
s’interroger sur la façon dont le régionalisme savoyard est aujourd’hui perçu.
Ils devraient aussi être plus vigoureux dans leurs affirmations sur la crise
écologique et la crise sociale, car nous nous engageons sur une vraie réflexion
et nous sommes attentifs au fait que les Savoyards s’engagent avec nous sur ces
thèmes. Alors c’est vrai qu’il y a de la méfiance, des difficultés de
communication, mais on peut progresser ensemble si nous regardons ce qui nous
unie. Chacun doit faire des efforts. Ceux qui militent pour l’autonomie
politique ne doivent pas oublier l’écologie politique, et vice versa.
Quand on lit votre programme, on peut se dire que vous n’en
avez pas fait beaucoup d’efforts pour défendre l’idée d’autonomie politique en
Savoie. C’est à peine évoqué en deux lignes…
On a du mal à faire comprendre que tous les
points du programme vont dans le sens d’un rapprochement de l’homme et de son
territoire. Mais le programme parle à chaque ligne de la Savoie sans la nommer
expressément.
C’est un peu comme quand vous nous
disiez en novembre que la région Savoie était une évidence alors qu’elle
n’était pas évoquée dans l’appel d’Europe Ecologie. Or l’évidence, tout le
monde ne la voit pas, loin de là. Dire les choses de façon plus explicite
éviterait les malentendus. Craindriez-vous en fait d'effrayer certains
électeurs en mettant en avant la revendication d'une région Savoie
?
Non. On ne doit d’ailleurs jamais penser à la
place des électeurs. C’est à eux de dire ce qu’ils pensent en votant. Mais la
question du découpage administratif ne relève pas du pouvoir de la région. On
peut donc le soutenir, mais pas en être à l’initiative. C’est pour ça que c’est
peu évoqué dans le programme.
Pourtant, en Bretagne, Europe Ecologie
revendique très clairement dans son programme une modification du découpage
administratif et l’attribution de nouvelles compétences pour la région,
proposant ainsi une alternative à la réforme des collectivités locales
présentée par le gouvernement. Pourquoi ne pas avoir fait la même chose en
Rhône-Alpes avec l’exemple savoyard qui illustrerait très concrètement la mise
en œuvre du fédéralisme différencié prôné par les Verts et Europe
Ecologie ?
J’ai milité pour les écoles bretonnes et
catalanes. Je ne suis pas du tout hostile à ça, bien au contraire. Mais il faut
comparer ce qui est comparable. Si par rapport à la Bretagne ou au Pays basque
on ne met pas autant l’accent sur la spécificité territoriale, c’est qu’il n’y
a pas la même réalité, pas la même histoire et pas le même vécu dans la
revendication régionaliste. Pourrait-on d’ailleurs demain ouvrir des écoles qui
enseignent en Savoie selon la langue locale ? Aurait-on seulement les
professeurs pour faire cela ?
Certes, la problématique de la langue
peut sembler en Savoie différente, notamment parce qu’il y a eu un bilinguisme
pendant des siècles et que les écrivains utilisaient ici le Français bien avant
1860. Mais il y a néanmoins en Savoie une réalité historique, culturelle et
même linguistique incontestable. Il y a aussi une particularité territoriale
incontournable, car la Savoie est un territoire de montagne, ce qui est une
véritable spécificité posant une problématique très actuelle du fait de
l’impact colossal du tourisme. On ne retrouve pas cela dans les autres
départements rhonalpins. La région Savoie ne se justifie ainsi pas seulement
par une histoire ou une culture spécifique. La créer permettrait de faire vivre
un régionalisme qui se justifierait par la prise en considération de la réalité
actuelle d’un territoire de montagne et pas seulement de son passé. C’est ce
que vous voulez, non ?
Oui, bien sûr. Mais la réflexion sur la région
passe aussi par la question de la place de la commune. Car dans les stations,
on peut s’interroger sur le poids de la commune. Il peut être un frein à la
nécessaire reconversion des stations et favoriser la pression immobilière en
montagne ou la multiplication des retenues collinaires. Quand on parle de ça,
on parle de la Savoie. Alors plutôt que de se disputer sur une phrase sortie
par un journaliste, prenons des positions fermes sur la promotion immobilière
et affirmons une vision qu’on a en commun. En n’oubliant pas qu’il faut
aujourd’hui absolument associer le tourisme et la culture. Combattons ensemble
autour de ces valeurs communes et la Savoie montrera qu’elle se positionne en
ferre de lance de ce combat. Je suis sûr que les choses vont avancer dans le
bon sens. Si on a une vraie vice-présidence à la montagne, émergera la
nécessité d’avoir de meilleurs maillages territoriaux et de travailler au
niveau de la région Savoie.
Etre plus explicite sur ce sujet dès
aujourd'hui serait quand même pas mal vu que l'utilité d'une région Savoie est
encore loin d’être une évidence pour tout le monde au sein d’Europe
Ecologie...
Il n’y a en tout cas pas de tabou, et je pense
que cette autonomie savoyarde s’inscrit dans la dynamique de l’écologie. Je
suis convaincu que la spécificité de la Savoie fera que ce maillage territorial
s’imposera. Cela pourra passer par des votations citoyennes que nous nous
sommes engagés à organiser. Notre objectif premier, c’est la démocratie de
proximité qui doit contribuer à la sauvegarde de la nature et à la lutte contre
la crise sociale. La question du redécoupage administratif est aujourd’hui
seconde, mais c’est par la démocratie de proximité que nous allons créer une
dynamique grâce à laquelle il sera possible et souhaitable d’examiner les
moyens d’arriver à une autonomie de la Savoie. Et bien que créer une région
Savoie ne fasse pas partie des prorogatives de la région Rhône-Alpes, nous nous
attacherons à faire vivre la dynamique dans laquelle cette émancipation
s’inscrit.
Entretien : Brice
Perrier
Après un premier qui s’est tenu hier à Cran
Gevrier, trois nouveaux cafés citoyens seront organisés par Europe Ecologie
autour des thèmes de la région Savoie et de réforme des collectivités locales.
Ils seront animés par Noël Communod, 4ème sur la liste Europe
Ecologie dans le 74.
Le 19 février à Cran Gevrier et le 22
février à Chambéry
Quel rôle pour les régions françaises,
aujourd’hui et demain ?
Gallice Café, 13 avenue des Harmonies, Cran
Gevrier.
Restaurant le Beaujolais, 155 rue Nicolas
Parent, Chambéry
Le 5 mars à Chambéry
La réforme des collectivités locales :
quelle conséquence pour les pays de Savoie ?
Restaurant le Beaujolais, 155 rue Nicolas
Parent, Chambéry