Ce
courrier a été adressé à M. Loïc Hervé, maire de Marnaz en réponse à un
de ses
commentaires sur notre blog:
"
Merci de préciser quelles sont les techniques alternatives..."
Monsieur,
C’est avec plaisir que nous avons pris
connaissance de vos commentaires sur notre blog concernant plusieurs
thématiques abordées par notre groupe local.
Par la présente, nous tenons à revenir sur votre
demande concernant des alternatives au traitement des déchets par incinération.
Vous trouverez ci-joint une plaquette d’information que nous avons réalisée en
2005/2006 et qui avait été envoyée à la plupart des mairies du Faucigny. Vous
verrez que ce que nous préconisons dans cette plaquette est tout à fait
faisable, la preuve étant que certaines propositions sont dorénavant
sérieusement étudiées voire mises en place par le Sivom de Cluses! Ce dont nous
nous réjouissons en déplorant toutefois le retard pris en la matière.
En matière de déchet comme dans de nombreux
autres domaines, la difficulté tient au fait que les solutions alternatives ne
peuvent en aucun cas résider uniquement dans la technologie. C’est là où
beaucoup d’élus mal informés placent une croyance quasi religieuse en espérant
que « la technologie, le progrès », permettra de résoudre les
problèmes. Et c’est là où Les Verts sont plus courageux dans la mesure où nous
osons dire la vérité : non, les alternatives ne sont pas à chercher dans
la seule technologie et les alternatives ne sont ni simples, ni simplistes.
Nous les Verts, nous osons dire que les
alternatives à l’incinération, comme les alternatives au tout-routier, comme
les alternatives à la crise énergétique résident avant tout dans les
changements de comportement individuels. Mais - et c’est là où la question
devient politique - les changements de comportement individuels sont difficiles
à réaliser. Il faut donc que les élus, dans tous ces domaines, rendent
les choses faciles, il leur faut être des
« facilitateurs ».
En matière de déchet, ça donne ceci :
plutôt que d’envisager des solutions technologiques, la première chose à faire
est d’inciter nos concitoyens à moins produire de déchets et à plus trier leurs
déchets. Mais il ne suffit pas de le leur dire, il faut leur faciliter
la tâche et les inciter concrètement, et soyons clairs – financièrement –
à le faire. Il faut donc, entre-autre :
- Etudier et mettre en place le ramassage des déchets triés en porte
à porte.
- Etudier et mettre en place - avec toute la pédagogie et les conditions
nécessaires – la pesée embarquée.
- Etendre la « gamme » des produits triés notamment en mettant en
place la récupération et la valorisation matière des
fermentescibles.
- S’assurer de la bonne organisation des filières de recyclages et avoir une
bonne traçabilité des produits triés.
- Mettre en place – avec l’aide d’associations – des « réseaux
de ressourceries et recycleries ». (grands pourvoyeurs d’emplois
locaux).
- Agir au niveau national voire européen pour réduire le poids des lobbies de
l’emballage.
- Favoriser le petit commerce, le commerce de proximité et les marchés qui
produisent moins d’emballages et de déchets en général.
- Agir pour revenir sur le mythe du « tout-jetable » et rendre
attractif le « réparable » et « réutilisable » (grands
pourvoyeurs d’emplois locaux).
- Le fameux « 3R » : réutiliser, réparer,
recycler !!
- Faire un véritable travail de fond avec les restaurateurs, les entreprises,
les acteurs du tourisme pour que chacun se sente partie prenante.
- Revenir sur le mythe des joies de la société de consommation et rendre
attractif – notamment auprès des jeunes – l’idée de « l’être » plutôt
que de « l’avoir ».
- Limiter ou taxer les publicités qui incitent à la consommation de produits
jetables.
Notre liste n’est pas exhaustive mais comme vous le voyez, les marges de
progrès en matière de réduction des déchets incinérés est considérable sur
notre vallée.
Evidemment, si la majorité des élus locaux persistent dans leur croyance
dans le « feu purificateur » et refusent d’admettre que les rejets
des incinérateurs –même lorsqu’ils sont aux normes, comme l’est celui de
Marignier – sont nocifs pour la santé, rien ne pourra se faire. Car comment
motiver ses concitoyens à faire des efforts – le tri et la réduction des
déchets sont plus compliqués que le « tout poubelle » - si on ne leur
communique pas clairement le coût exorbitant du traitement des déchets et si on
ne leur dit pas clairement que les rejets des UIOMs, même aux normes, sont
toxiques !! De même qu’il faut que ceux qui trient puissent en voir
concrètement le bénéfice sur leur facture.
En espérant que vous trouverez le temps de lire
ce courrier et d’aller visionner le film de 08 mn mis en ligne sur notre blog
suite à votre demande. Mr Dietmann, maire de Manspach, qui intervient dans ce
film, a également consacré un ouvrage entier à la question du traitement des
déchets en France : « Déchets ménagers, le jardin des
impostures ». Mr Dietmann était notre invité et conférencier à Cluses en
octobre 06, conférence fréquentée par de nombreux élus locaux, dont Mr Saddier,
qui se sont montrés très intéressés.
Avec notre soulagement de voir que cette
question vous intéresse, nous vous prions d’agréer, Monsieur, l’expression de
nos meilleures salutations.