Extrait d'une
intervention de Gérard Leras, président du groupe des Verts au conseil régional
Rhône-Alpes:
1 - Bien avant d’être bancaire, la crise
était agricole et alimentaire
Le mode de
développement productiviste et libéral arrache aux petits producteurs
brésiliens des terres vivrières, vitales, pour les dédier au soja OGM destiné
aux éleveurs européens, condamnés à mort à leur tour par un effet de ciseau
décisif entre l’augmentation du prix de l’aliment du bétail et la baisse des
cours du lait ou de la viande. Quand la Région s’apprête à soutenir l’autonomie
alimentaire des élevages et la production de protéines végétales ici, ou quand
elle coopère avec le Parana pour promouvoir des formes alternatives
d’agriculture là-bas, elle agit dans le bon sens. Reste la question des moyens
qu’elle y mettra.
C’est le bon
sens aussi quand la région Rhône-Alpes s’engage au Sénégal pour renforcer le
pastoralisme et organiser sa nécessaire coexistence avec l’élevage sédentaire.
Dans ce cas, la crise est non seulement agricole et alimentaire, elle est aussi
climatique, car le désert gagne, et les ressources en herbe et en eau ne
peuvent être traitées aujourd’hui comme hier. Les enjeux sont la paix sur place
et la survie.
Quand l’Etat
diminue les moyens du développement, la Région doit impérativement tenir
jusqu’à la fin de la mandature l’objectif de 0,7 % du budget.
C’est le bon
sens enfin quand la Région soutient les circuits courts entre producteurs et
consommateurs, sous toutes leurs formes.
2 – La crise est énergétique et
industrielle :
Selon les
positionnements politiques, certains ont nié le fait que le pétrole ne pouvait
pas rester bon marché ; d’autres se sont servis de la perspective de
pénurie et du réchauffement climatique pour fourguer le nucléaire. La crise des
carburants sert parfois à vendre le concept abstrait et largement stérile de
voitures propres ; ou bien à fuir en avant dans la mono-recherche de plus
grandes vitesses en TGV, au détriment de la recherche-développement pour les
autres moyens de transport collectif.
Le salut de
l’humanité et de la planète, mais aussi, plus humblement, le salut chez nous,
passe par la reconversion et la sobriété.
L’année 2008
restera en Rhône-Alpes comme l’année d’illustration des risques d’exploitation
des centrales nucléaires. La pénurie de pétrole sert d’alibi pour le nucléaire
alors que la pénurie d’uranium s’annonce de la même manière, seulement un peu
plus tard. Et rien n’a avancé quant à la maîtrise des déchets. Notre Région
doit donc mettre un point d’honneur à susciter le débat et l’action publique
pour reconvertir le mode dominant de production d’électricité chez nous qui
sommes particulièrement exposés. L’éolien, le photovoltaïque, la méthanisation,
la géothermie en ont besoin.
Nous devons
complètement changer d’échelle dans notre action en faveur de la
recherche-développement, de la production industrielle, de la sous-traitance
quant au secteur des matériels de transport en commun, routiers et surtout
urbains, ou ferroviaires. A ne pas avoir été capables d’organiser à temps la
reconversion des industries d’armement, à avoir voulu seulement défendre, tels
quels, industrie et emploi, on a préparé le vide industriel, le chômage et les
cités-dortoirs que l’on connaît aujourd’hui dans la Loire. Va-t-on continuer à
défendre, coûte que coûte, la production de pièces pour voitures ou les
camions, et à nouveau ne rien ménager pour l’avenir ?
La région,
comme d’autres collectivités, va-t-elle continuer la fuite en avant dans les
investissements dits de haute technologie, générateurs de produits peut-être
vendables en période d’euphorie mais en définitive socialement peu utiles et
donc vulnérables dans les nouvelles conditions de la demande ; produits en
tout cas condamnés à la délocalisation dès que le recours aux mains-d’œuvre
sous payées de Taiwan ou d’ailleurs sera devenu – et c’est pour très bientôt –
le seul moyen de conserver un minimum de marges bénéficiaires. Là où on a créé
une mono-industrie, un immense champignon « high-tech », le
Grésivaudan, que fera-t-on des friches industrielles ?
3 – la crise est
sociale :
L’écologie est
une éthique globale de responsabilité et non, comme certains s’obstinent à nous
y enfermer, une simple discipline environnementaliste. C’est à la fois une
vision du monde pour l’humanité et la capacité à traiter concrètement les
situations réelles, de telle façon que le dit traitement à court terme ne
génère pas les crises de demain. C’est ce type de traitement que la Région
applique quand elle lie le développement des TER à la maîtrise de l’urbanisme à
travers l’élaboration des Schémas de Cohérence Territoriale par exemple. Car
l’objectif, en améliorant les transports en commun et en facilitant le report
modal, n’est pas de générer plus de déplacements.
Chômage
galopant, précarité généralisée dans les emplois industriels, tertiaires et
dans l’agriculture : ces réalités sont aujourd’hui tristement établies,
elles ne font que s’accroître de plus en plus vite. Je l’ai dit :
certaines réponses fondamentales sont dans la reconversion et dans la
relocalisation de l’économie et la Région doit s’y employer vite et
bien.
Mais d’autres
réponses sont dans une organisation sociale nouvelle : ce n’est pas en
encourageant le « Travailler plus pour gagner plus » du Président
Directeur Gesticulateur que l’on peut trouver un meilleur partage du
travail.
D’autres
réponses à la crise se situent aussi dans l’obligation de traiter les
situations de détresse : le stade de la précarité dans l’emploi, dans le
logement, est malheureusement souvent dépassé. Nous sommes dans le stade de
l’exclusion. Les S.D.F. sont partout. Il suffit de circuler en ville en fin de
marchés, quand les vendeurs se retirent, pour savoir que la crise alimentaire
frappe ailleurs que dans les pays du Sud.
C’est un
nouveau champ d’action qui s’impose à tous, Régions comprises. L’Etat pourrait
être chef de file mais comme l’a très bien montré Etienne TETE tout à l’heure,
il ne fait que privilégier les privilégiés et creuser la misère pour les
miséreux.
Il nous faut
mener le combat politique contre cet Etat là, contre ce gouvernement là, contre
cette droite là.
Mais nous
devons aussi agir directement, dans un nouveau champ d’obligations qui
s’imposent à nous.